Qu'est-ce que la Radio Communautaire?

Qu’est-ce qui fait d’une station de radio une station de radio communautaire? La meilleure façon de répondre est peut-être de le faire dans les propres mots des membres de l’AMARC :

« Radio communautaire, radio rurale, radio coopérative, radio participative, radio libre, alternative, populaire, éducative. Si les stations de radio, les réseaux et les groupes de production qui constituent l’Association mondiale des radiodiffuseurs communautaires se présentent sous une variété de noms, leurs profils et leurs pratiques sont encore plus variés. Certaines sont musicales, certaines sont militantes et certaines sont à la fois musicales et militantes. Elles sont situées tantôt dans des villages isolés, tantôt au cœur des plus grandes villes du monde. Leur signal peut être transmis dans d’autres parties du monde par ondes courtes.

Certaines stations appartiennent à des groupes sans but lucratif ou à une coopérative dont les membres sont les auditeurs. D’autres appartiennent aux étudiants, à des universités, à de municipalités, à l’Église ou à des syndicats. Il existe des stations financées par des dons provenant de l’auditoire, par des agences de développement international, par la publicité et les gouvernements. »

« Des ondes pour la liberté », Rapport de la sixième assemblée mondiale des radiodiffuseurs communautaires. Dakar, Sénégal, 23-29 janvier 1995.

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« Lorsque la radio favorise la participation des citoyens et défend ses intérêts ; lorsqu’elle répond aux goûts de la majorité, que c’est fait avec humour et que l’espoir demeure sa priorité ; lorsque qu’elle informe vraiment ; lorsqu’elle aide à résoudre les mille et un problèmes de la vie de tous les jours ; lorsque durant les émissions, les idées sont débattues et toutes les opinions respectées ; lorsqu’elle encourage la diversité culturelle et non l’uniformité commerciale ; lorsque les femmes transmettent des informations et ne représentent pas de simples voix décoratives ou encore un attrait publicitaire ; lorsqu’aucune dictature n’est tolérée, non plus que la musique imposée par les disquaires ; lorsque les paroles de tous et chacun sont entendues sans discrimination ni censure, cette radio est une radio communautaire

Les émetteurs mentionnés ci-haut n’agissent pas sous la contrainte de l’argent ou de la propagande. Leur but est différent, toute leur énergie est mise au service de la société civile. Un service, bien sûr, très politique : soit influencer l’opinion publique, établir un consensus et accroître la démocratie. En fin de compte, il s’agit de bâtir la communauté. »

« Manual urgente para Radialistas Apasionados », José Ignacio López Vigil. 1997

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« La philosophie historique de la radio communautaire est de permettre aux "sans voix" de s’exprimer, de servir de porte-parole aux opprimés (qu’il s’agisse d’une oppression raciste, sexiste ou de classe sociale) et, en général, d’offrir un outil de développement.

(…)

La radio communautaire est définie comme comportant trois aspects : celui d’une activité à but non lucratif ; contrôlée par la communauté qui en est propriétaire ; caractérisée par la participation de la communauté.

(…)

Il faut qu’il soit bien clair que l’objectif de la radio communautaire n’est pas de faire quelque chose pour la communauté, mais plutôt de donner l’occasion à la communauté de faire quelque chose pour elle-même comme, par exemple, posséder et contrôler son propre moyen de communication. »

« Qu’est-ce que la radio communautaire? Un guide pratique », AMARC Afrique et Panos Afrique Australe. 1998

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« En Amérique latine, il y a approximativement mille radios que l’on peut considérer comme communautaires, éducatives, populaires ou civiles. On les reconnaît à leurs objectifs politiques de transformation sociale, par leur recherche d’un système équitable, prônant les droits humains et permettant l’accès et la participation de la majorité aux prises de décision. On peut également les reconnaître du fait qu’elles sont à but non lucratif. Cela ne les empêche pas de se développer et de tenter de s’infiltrer sur le marché.

(…)

Une radio communautaire et civile, c’est une radio représentée par une communauté et des entrepreneurs partageant les mêmes intérêts politico-culturels.

(…)

La radio communautaire et civile intègre de nouveaux langages, de nouveaux formats, d’autres sons, d’autres musiques, d’autres voix. Il y a d’autres façons de parler, de nouveaux moyens de rejoindre les auditeurs, des façons de questionner et de répondre, des façons de demander, de faire des requêtes auprès des autorités. »

« Gestión de la radio comunitaria y ciudadana », Claudia Villamayor et Ernesto Lamas. AMARC et Friedrich Ebert Stiftung. 1998

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« La radio communautaire est devenue, au fil des ans, un outil indispensable dans le développement des communautés. Les gens peuvent se reconnaître, s’identifier, en plus de pouvoir communiquer entre eux.

La radio communautaire est un diffuseur culturel parfaitement adapté au contexte de la francophonie canadienne. Ses ondes reflètent la réalité culturelle : chanson, musique, écriture, de la population francophone qu’elle dessert. Les radios communautaires sont les meilleurs porte-drapeaux de notre culture.

Chaque radio communautaire a sa tonalité bien modulée à l’image de ceux et celles qui l’écoutent. L’important, c’est la recherche de la différence.

La radio communautaire, c’est un facteur de rapprochement, un pont, un pas vers l’autre, non point pour que l’autre devienne ce que nous sommes, mais pour qu’il devienne ce qu’il est. Il ne s’agit pas d’avoir plus, mais d’être, c’est la véritable mission des radios communautaires du Canada. La culture n’est-elle pas dans son sens le plus profond de faire prendre conscience aux gens de la grandeur qui existe en eux? »

Alliance des radios communautaires du Canada, ARC. Canada.

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« Les émetteurs se veulent au service de la communauté et tentent de donner le droit de parole à tous. Ils cherchent à trouver une façon simple d’aider et d’améliorer la communication entre les gens. Les radiodiffuseurs font partie de la communauté. Ainsi, ils développent une communication participative et pluraliste, permettant aux milieux culturels et sociaux ayant peu ou pas accès aux radios ayant des visées uniquement commerciales, de s’exprimer.

Ils utilisent le droit à la communication et, plus spécifiquement, le droit à l’information. Ils utilisent la radiodiffusion comme un service et non comme une simple activité commerciale lucrative. »

Federación Argentina de Radios Comunitarias, FARCO. Argentina.

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« Dans le système médiatique où l’esprit mercantile domine, la radio communautaire, quant à elle, est une radio dans la communauté, pour la communauté, qui parle de la communauté et existe par la communauté. Les membres de la communauté y participent grandement quant à la gestion et la production des émissions. C’est ce qui fait la différence par rapport aux radios commerciales des Philippines qui n’opèrent qu’en pensant aux PPP - profit, propagande, pouvoir, politique, privilèges, etc.

Dire que la radio commerciale est au service du grand P (public ou peuple) n’est qu’une façon symbolique de justifier l’existence des procédures d’autorisation bureaucratiques gouvernementales.

Ce sont les gens de la communauté qui, collectivement, exploitent les stations de radio.

Les stations se consacrent au progrès, à l’éducation et à la prise de pouvoir des gens.

Les stations adhèrent aux principes de démocratie et de participation. »

TAMBULI - Communication Project. Philippines

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« Des radios libres, indépendantes, laïques, attachées aux droits de l’homme et attentives à l’environnement.

Elles sont plurielles et pluralistes.

Elles refusent la communication marchande.

Elles respectent scrupuleusement la déontologie des journalistes et œuvrent au rayonnement culturel en permettant l’expression la plus large des artistes de leur bassin d’écoute.

Elles ont un statut associatif, un fonctionnement démocratique et un financement cohérent avec le fait qu’elles n’ont pas de but lucratif.

Elles sont solidaires entre elles et constituent des communautés de travail permettant à chacune de remplir au mieux sa mission. »

Charte de la Confédération nationale des radios libres, CNRL. France.

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« Premièrement, la radio communautaire se caractérise par la participation active de la communauté dans le processus de création des nouvelles, de l’information, des divertissements et du matériel culturel pertinent et mettant l’emphase sur les intérêts et problèmes locaux. Les producteurs locaux, une fois formés, peuvent créer des émissions utilisant les voix locales. La communauté peut également participer activement à la gestion de la station et a son mot à dire quant à l’horaire et le contenu des émissions.

Deuxièmement, c’est essentiellement une entreprise à but non lucratif. À une époque d’une radiodiffusion axée sur la publicité, la radio communautaire quant à elle demeure indépendante et sa responsabilité est de servir la communauté, non le publicitaire. Comme la station appartient à la communauté, cela implique également quelques responsabilités dans le fonctionnement de la radio.

Troisièmement, la programmation de la radio communautaire est établie par la communauté dans le but d’améliorer les conditions sociales et la qualité de sa vie culturelle. La communauté décide elle-même de ses priorités et de ses besoins en terme d’informations. »

VOICES. India.